Pour Shelley MacDonald, le rôle d’entraîneuse ne se limite pas qu’aux entraînements et aux jours de match. Que ce soit avec les Bears de Prince Albert ou le programme féminin des M16 de la Saskatchewan, elle s’assure de cultiver un milieu où les athlètes se sentent suffisamment appuyées, valorisées et en confiance pour s’épanouir.
Cette saison, MacDonald a l’honneur d’être la lauréate nationale du Prix des entraîneuses BFL CANADA pour le volet compétitif. Ce prix rend hommage aux entraîneuses qui changent la donne par leur leadership, leur mentorat et leur engagement envers le développement d’athlètes. Le volet compétitif de ce programme de reconnaissance met en valeur des entraîneuses qui dirigent des athlètes évoluant au hockey M18 AAA, junior ou compétitif.
HockeyCanada.ca s’est entretenu avec MacDonald pour en apprendre plus sur les expériences qui ont façonné son approche derrière le banc et sur l’influence positive qu’elle espère avoir sur la relève.
Quelle a été votre première réaction lorsque vous avez appris que vous étiez choisie à titre de lauréate nationale du Prix des entraîneuses BFL CANADA?
J’ai d’abord remporté un prix provincial. J’ai reçu un courriel dans lequel on m’invitait à une réunion pour parler de mes techniques et stratégies d’entraînement. Je me suis dit : « Mais pourquoi ces personnes voudraient me parler de ça à moi? » J’ai même demandé à notre entraîneur-chef s’il avait soumis ma candidature, et il m’a dit qu’il n’en savait rien. Quand j’ai reçu l’appel m’indiquant que j’avais gagné le prix, j’étais complètement sous le choc. Puis j’ai reçu un autre courriel m’annonçant que j’avais été présélectionnée pour un prix national. Je n’arrivais pas à y croire. Honnêtement, j’étais sous le choc et honorée. Je ne m’attendais pas à ça, car je n’ai pas encore beaucoup d’expérience derrière le banc. Ça m’a beaucoup touchée de savoir qu’une personne de la communauté du hockey avait reconnu les efforts que j’avais mis. Parfois, les gens disent : « Tu es juste l’entraîneuse adjointe, pas l’entraîneuse-chef ». C’est donc très flatteur d’avoir reçu cet honneur.
Quelle a été votre inspiration pour faire le saut derrière le banc et garder votre passion vivante au fil des ans?
Mon aventure comme entraîneuse a commencé bien longtemps avant que je prenne place derrière le banc. Quand j’étais plus jeune, je donnais des cours d’équitation, dont des cours privés l’été, juste pour me faire un peu d’argent de poche. J’ai vite réaliséque j’aimais vraiment aider les autres, les voir réussir et être témoin de leur amélioration. Cette expérience m’a inspirée.
J’ai joué au hockey toute ma vie, mais malheureusement, je me suis blessée au travail et je n’ai jamais pu retourner à un poste de gardienne de but. Je voulais continuer de m’impliquer dans mon sport, alors j’ai siégé au conseil d’administration pendant quelques années. Ils cherchaient à pourvoir un poste d’entraîneuse, et je me suis dit que je pouvais faire ça. Je voulais aider.
J’ai obtenu mes certifications et j’ai posé ma candidature pour être une entraîneuse adjointe de l’équipe féminine M18 AAA, qui peinait à trouver une femme pour occuper ce poste. Collaborer avec de bonnes personnes derrière le banc et des athlètes de qualité a renforcé ma conviction que le succès derrière le banc ne se mesure pas aux victoires et aux défaites. Diriger, c’est voir des jeunes se développer, particulièrement à ce stade important de leur vie, et être témoin de leurs succès dans la vie. On devient comme un parent pour ces athlètes qui évoluent en dehors du cadre familial. C’est ce qui rend ce rôle si spécial.
Comment décririez-vous votre style d’entraînement et quelles valeurs voulez-vous transmettre à vos athlètes?
Je pense que chaque athlète, peu importe son niveau de talent, a sa place au sein de son équipe. Chacune a un rôle à jouer. On doit s’assurer que les joueuses sont mises au défi et se sentent appuyées, dans un milieu où elles peuvent prendre des risques en toute confiance. Chez les M18, ce n’est pas tant une question de prendre des risques au hockey, mais d’en prendre dans la vie en général, d’évoluer comme personne.
Moi, je dois exercer une influence positive sur mes joueuses, nouer des relations avec elles et leur inculquer une confiance qu’elles garderont même après avoir accroché leurs patins. Je fais bien plus qu’enseigner des systèmes de jeu.
Chaque athlète apprend à sa façon. Certaines de mes joueuses vont comprendre un exercice immédiatement après l’avoir vu au tableau. D’autres doivent le voir concrètement sur la glace avant de l’assimiler. Il faut reconnaître ces différences et trouver des façons d’aider chaque joueuse à comprendre et à progresser. Si elles ont des questions, elles doivent se sentir à l’aise de les poser. Il n’y a pas de mauvaise question.
Comment parvenez-vous à aider vos joueuses à compétitionner tout en veillant à ce qu’elles progressent sur le plan personnel?
Une grande partie de mon bagage personnel influence la façon dont je dirige mes joueuses, car je suis en mesure de comprendre leur réalité. Quand j’étais jeune, je suis partie loin de la maison, aux États-Unis, pour fréquenter un pensionnat et jouer au hockey. Je sais ce que c’est de s’ennuyer de son chez-soi et de devoir s’adapter à un nouveau milieu.
Quand je dirige des filles du volet compétitif, je suis honnête avec elles dès le début de la saison, surtout avec les recrues. Je leur dis que je comprends ce que c’est d’être loin de la maison et de vivre tous ces nouveaux défis. À l’aréna, elles doivent pouvoir relaxer, se changer les idées, se sentir bien. C’est leur refuge. Et quand elles sautent sur la glace, elles savent ce qu’elles ont à faire.
Mon rôle consiste à les aider à développer leurs habiletés et à compétitionner au plus haut niveau possible, mais sans jamais oublier qu’elles sont d’abord et avant tout de jeunes femmes. Les standards sont élevés, et parfois, la pression est forte. J’encourage mes joueuses à adopter des habitudes quotidiennes qui les aideront à réussir et à sortir de leur zone de confort. Des erreurs, elles vont en faire. Mais je ne m’attarde pas à ça en particulier. Je m’assure plutôt de leur demander ce qu’elles ont appris de leurerreur. C’est comme ça qu’on aide les autres à s’améliorer.
Mes joueuses me disent souvent que je suis comme une mère pour elles. C’est moi qu’elles viennent voir si elles se font mal, si elles ne se sentent pas bien, si elles sont stressées ou si elles ont besoin d’aide pour concilier hockey et études. Notre lien permet de faire le pont entre l’aréna et la vie en dehors du hockey. Il faut instaurer ce climat de confiance pour avoir un impact concret.
Qui a eu la plus grande influence sur votre parcours d’entraîneuse et vous a le plus aidée à devenir l’entraîneuse que vous êtes aujourd’hui?
Ma mère et mon père ont probablement eu les plus grandes influences sur moi. Ma mère m’a transmis des leçons de vie, tandis que mon père et mon frère ont été mes influences au hockey. J’ai commencé par faire du patinage artistique. Mon frère n’avait jamais besoin de venir me voir patiner, mais moi, je devais toujours aller le voir jouer au hockey. Plus tard, il me disait : « Place-toi devant moi. Je vais tirer sur toi, mais ça ne te fera pas mal. » Et là, il prenait un tir frappé et je partais à pleurer. Il me disait dene pas en parler à nos parents.
J’ai été vraiment chanceuse d’apprendre grâce à des personnes qui m’ont apporté des perspectives uniques de ce sport, sur la glace et ailleurs. Elles ne m’ont pas seulement appris le hockey; elles m’ont aussi enseigné le leadership, le sens des responsabilités, la résilience et, surtout, comment croire en moi.
Ces leçons m’ont marquée pas mal plus que n’importe quel système ou exercice de hockey. Je ne me souviens pas de chaque entraînement, mais je me souviens comment mes entraîneurs et entraîneuses m’ont fait sentir comme joueuse et des défis que j’ai dû relever pour m’améliorer. Ces expériences continuent de façonner l’entraîneuse que je suis aujourd’hui, et j’espère pouvoir faire vivre des expériences similaires à celles que je dirige.
Qu’est-ce que ça signifie pour vous de recevoir ce prix pendant une période aussi exaltante pour le hockey féminin au Canada?
Le hockey féminin vit un essor tellement rapide. Franchement, c’est incroyable de voir tout le chemin qui a été parcouru.
J’ai grandi à Balderson, en Ontario, une toute petite ville où il y avait plus de vaches que d’habitants. J’ai eu la chance de faire partie de la toute première équipe de hockey féminin de l’endroit. C’est incroyable de voir où sont aujourd’hui ces filles avec qui j’ai joué et de constater combien d’entre elles gravitent encore dans le monde du hockey.
Ça montre à quel point ce sport a évolué depuis ses débuts et à quel point les filles ont plus d’occasions aujourd’hui. Je suis fière et reconnaissante de pouvoir contribuer à façonner la prochaine génération du hockey féminin. J’ai l’impression que la boucle est bouclée.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent faire carrière en tant qu’entraîneuse?
Faites le saut! L’une des joueuses de mon équipe M18 AAA m’accompagnera comme entraîneuse adjointe parce qu’elle m’a signifié son intérêt. Je trouve ça formidable, car elle a un immense bagage de connaissances et d’expériences à transmettre aux filles. De notre côté, nous pourrons l’aider à progresser dans un rôle d’entraîneuse.
Trouvez des personnes qui peuvent vous encadrer, et entourez-vous de gens qui peuvent vous mettre à l’épreuve. Pour connaître du succès derrière le banc, il faut commencer quelque part. N’arrêtez jamais d’apprendre. Ce ne sont pas les ressources, les techniques et les possibilités qui manquent.
Ce sport a besoin de plus de femmes. Nos opinions, nos idées et nos expériences ont une importance. Qu’elles soient positives ou négatives, ces expériences nous aident à créer des liens avec la prochaine génération. N’ayez pas peur, et ne laissez pas la crainte de vous retrouver parmi une majorité d’hommes vous empêcher de vivre votre passion.
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Jeremy Knight
Responsable, communications organisationnelles
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